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À LA RECHERCHE DU DEVOIR

— Hélas ! soupira-t-il, ni la paix, ni la lumière ne sont entrées suffisamment dans mon âme. Demandez à Dieu de me garder avant tout une conscience droite.

Les mains du religieux se levèrent pour une suprême bénédiction. Et il dit à l’homme qui se relevait :

— Mon ami, vous croyez aux dons de l’Esprit ? Je demanderai à Dieu, si sa cause en a besoin, de vous envoyer au moment qu’il choisira, l’illumination et la force de cet Esprit. Ces dons extraordinaires, ces énergies souveraines qui surajoutent même à l’activité des grandes vertus, vous donneront peut-être à l’heure critique, qui sait ? l’excitation libératrice.

Lantagnac reprit la route d’Ottawa y ramenant la même âme angoissée. Sans doute, quelques lumières s’étaient levées dans son esprit. Il se sentait libéré, par exemple, des sophismes de Duffin sur les mérites comparés de l’intransigeance et de la conciliation. En outre, le Père Fabien avait fourni à son dirigé des directives précieuses. Mais la décision, la solennelle décision que demain viendrait demander à Jules de Lantagnac, le député de Russell ne l’avait pas encore prise. Et, pour la prendre, il le sentait bien, la tension émotive qui le tenait, lui enlevait trop complètement la sérénité de son jugement, la possession de lui-même.

Toutefois, quand il s’engagea sur le pont interprovincial, il ressentit un calme passager.