Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/221

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À LA RECHERCHE DU DEVOIR

Lantagnac s’avança quelque peu et s’arrêta, lui aussi, devant le groupe sculptural. Au milieu de l’obsession qui tenait son esprit, le monument lui devint une autre prédication. Les deux personnages de bronze étaient là, sur leur socle de granit blanc, en forme d’hémicycle. De haute taille tous deux, de tête et d’épaules bien prises et solides, très dignes de maintien, ils évoquaient par leur seule attitude, en face l’un de l’autre, la gloire d’une époque où les deux grandes races communièrent à la paix dans le respect absolu de leur égalité. L’artiste a voulu représenter les jumeaux de l’émancipation canadienne, au moment solennel où tous deux, parlant au nom de leur nationalité et de leur province respective, discutèrent les conditions de l’alliance de 1840. Baldwin est là, lisant un parchemin, la tête un peu penchée, la main gauche appuyée à sa redingote, à la hauteur de la poitrine. C’est l’homme qui soumet loyalement les clauses du contrat. Lafontaine écoute, le buste très droit, la main droite appuyée sur le socle, la gauche repliée à sa ceinture. Ici ni vainqueur, ni vaincu, ni race supérieure ni race inférieure. C’est l’égal qui traite son associé en égal. Et Lantagnac croyait entendre l’homme d’Etat canadien-français qui lui disait par toute son attitude, comme il l’avait proclamé autrefois par ses discours :

— « Je demande pour ma province et pour mes compatriotes, égalité dans le partage des droits, du pouvoir et des honneurs. Rien de plus mais rien de moins ».