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DANS LA GRANDE ARÈNE

l’esprit canadien, groupes irréductibles aux tendances annexionnistes. Aux catholiques de tout le Canada, il signalait la guerre à l’école bilingue comme un prologue aux entreprises des sectes contre l’école catholique séparée. Au nom de la fraternité des croyances et des malheurs, il adjurait surtout les catholiques irlandais de renoncer à cette lutte fratricide :

« Je vois bien, leur disait-il, ce que nous perdons tous les deux dans cette lutte douloureuse ; je ne vois pas encore l’édifice que nos frères dans la foi pourront élever sur les ruines de nos écoles ».

Lantagnac n’oubliait pas, à ce moment de son discours, une distinction que lui commandait la justice :

« Je ne veux pas l’ignorer », précisait-il ; « du côté de nos frères irlandais, l’hostilité contre l’école française fut loin d’être unanime. Mes compatriotes se souviendront toujours, avec une gratitude émue, qu’au plus fort de leurs luttes, quelques-uns de leurs meilleurs soutiens furent des fils de la noble Irlande. Le jour vient, j’ose l’annoncer, le jour approche où des ponts seront jetés sur le fossé artificiel creusé entre nous par nos ennemis communs, et les deux races catholiques de ce pays se tendront la main pour une alliance éternelle »

Pendant une heure l’orateur développa ces idées avec une élévation de pensée, une perfection de forme, une véhémence de diction que sa parole n’avait pas encore atteintes.