Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/268

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
268
L’APPEL DE LA RACE

du Québec pourtant — vont pour la plupart aux maisons d’éducation anglaises et parlent entre eux de préférence la langue de la « race supérieure ». Une petite fille des de Gauderville m’a parlé anglais avec un parfait accent de cockney. Oui, l’on fait paraître cette distinction. Du reste, ces fines perruches qui regardent Westmount comme leur Sinaï, fument la cigarette aux « five o’clock tea », avec plus d’élégance seulement que nos miss anglaises. Et l’on m’assure que leurs dentistes aussi bien que leurs coiffeuses tiennent des cendriers à l’usage de ces jolies garçonnières. Ah ! pleurez, aïeules, pleurez ! Voici venir, avec toutes ses horreurs, la suffragette de demain !… D’ailleurs, cette noblesse bourgeoise ne s’en cache point : elle nourrit pour sa race le mépris le plus naturel. Si l’on y crie volontiers : « Vive la France ! », avec le trémolo de la pâmoison — jamais : « Vive le Canada ! », — il suffit du hasard d’un dîner au Mount Royal club, aux côtés d’un financier anglo-saxon quelconque, pour qu’on s’en revienne en s’écriant : « Ah ! les Anglais, ma chère, les Anglais, quelle race d’hommes supérieure ! » Ce beau monde ne voudrait jamais manquer, non plus, une soirée de l’Alliance française, puisqu’elles se donnent au Ritz-Carlton. Et c’est là, que quatre fois sur cinq, l’on écoute, en avalant sa langue, des monologues de badauds raffinés qui vous servent du mauvais réchauffé de Paris, qu’on ne goûte pas mais qu’on applaudit, pour qu’il soit parlé en France de la jobarderie des provinciaux d’Amérique. Entre