Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/273

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
273
LE COIN TOMBE

autre choc, Lantagnac commença à presser son fils de questions, à le supplier de lui raconter minutieusement sa conversion.

— Comment y es-tu venu ? lui demandait-il. Ta lettre de cet hiver n’était guère encourageante, tu sais. Parle, mon enfant.

Wolfred ne demandait pas mieux que de parler.

— En effet, dit-il, cette lettre a dû vous apporter des impressions bien pessimistes. Toutefois, si je me rappelle, je vous en promettais d’une autre espèce. Ce sont celles-là qui m’ont ramené.

— Dis-les moi, mon Wolfred ; raconte-moi bien tout, insista Lantagnac qui, par bonds rapides, remontait de son abattement.

— Eh bien, commença Wolfred, à te parler franc, je crois que le premier choc, je le dois à mon premier contact avec la terre québecquoise. Te rappelles-tu cette première de nos soirées à la villa du lac MacGregor et notre promenade sur le lac ? Depuis, bien souvent, je me le suis dit : ce ne fut pas en vain, qu’en une même fois, en une même minute, le pays me parla avec la voix de sa beauté et le charme de son âme. Mon évolution une fois commencée, mes lectures d’ouvrages français la continuèrent. Très poussées, comme tu sais, et bien choisies, ces lectures me restituèrent bientôt à une cohérence, à un équilibre croissants de mon être. À ce point que le progrès me devenait une réalité sensible, je te dirai même, presque une fête. C’était déjà le grand tournant.