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L’APPEL DE LA RACE

cher d’argent qui hausse, dans le feuillage, sa croix, franche et claire celle-là, sans croisement de lance, de flèche, ou de girouette, pour la camoufler, signe loyal d’une latinité authentique, signe d’une terre où le travail n’est jamais triste, emblème d’une race où l’esprit est toujours le plus haut ? Voyons, me trompé-je, mon ami ?

— Non, j’ai regardé vers le clocher, ce vrai pôle des âmes chez nous. Et puisqu’il vous tarde de l’apprendre, voici bien le bouquet spirituel de mon pèlerinage. De la petite patrie, Père Fabien, j’ai du bonheur à vous le dire, je rapporte un renversement de valeurs dans mon esprit. Une vérité lumineuse m’a saisi.

Et il se mit à parler avec lyrisme :

— Non, ce n’était pas le reflet de mon âme sur les choses. Cette vérité, je l’ai vue partout. Je l’ai vue dans le rire clair des femmes et des filles ; je l’ai lue dans les chansons que les enfants chantaient le soir derrière leurs vaches, dans le bonjour que les paysans me disaient le long de la route, dans le regard que, le dimanche, ils rapportaient de la messe. Je l’ai reconnue dans la voix de la terre qui chantait le fier équilibre des âmes, et, tenez, pardessus tout, dans le son des cloches qui ne devenait en cette harmonie qu’une note à peine transcendante.

Le pèlerin s’arrêta sur ces mots, les yeux baignés d’émotion. Puis sa figure exprimant par tous ses traits une conviction joyeuse et souveraine, il conclut :