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L’APPEL DE LA RACE

de leur épitaphe. Quelques-unes, détail touchant, sont presque adossées aux murs de l’église. Puis, autre note pittoresque : le long du cimetière de Saint-Michel, coule la Petite-Rivière, ombragée de grands arbres, étrangement romantique avec la survivance de deux manoirs, ceux des miens, qui naguère encore se dressaient sur ses bords. Eh bien, voilà ! c’est dans ce paysage antique, à quelque distance de vieilles ruines féodales, que moi, l’exilé depuis vingt ans, j’ai retrouvé les anciens de ma famille. Quel raccourci d’histoire et quel autre tableau impressionnant ! Mon Père, écoutez-moi bien : là, je puis le dire, s’est achevée l’évolution de ma pensée et de mon sentiment ; j’ai recouvré là le reste de mon âme.

Lantagnac avait prononcé ces dernières paroles avec une solennité émue qui lui coupa la voix. Il reprit d’un ton raffermi :

— Les grands maîtres de la pensée française, grâce à vous, Père Fabien, avaient accordé peu à peu mon être intellectuel ; la campagne de Saint-Michel, les personnes, les choses, l’horizon, les souvenirs de la maison paternelle ont accordé mon être sentimental. Sur la tombe des Lantagnac je me suis accordé à mes ancêtres. Je l’ai éprouvé, je l’ai touché comme une réalité sensible : le Lantagnac que j’étais allait devenir proprement une force anarchique, perdue. Malgré moi, pendant que je me promenais, méditant d’une tombe à l’autre, ces pensées m’assaillirent : Nous ne valons ici-bas, nous ne comptons, en définitive, qu’en fonction d’une tra-