Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
41
VERS LA CONQUÊTE

allait tout brouiller entre nous ? Si même mon prosélytisme français devait réveiller, aviver peut-être en elle l’instinct de race ? Que ferai-je ? Pourrai-je aller jusqu’au bout de mon entreprise, sans courir les plus grands risques ?

Lantagnac voyait se dresser devant lui l’obstacle déprimant, celui dont on fait le tour sans voir tout d’abord si on pourra jamais le surmonter ou l’écarter, celui dont l’ombre seule donne envie de reculer. À son arrivée dans Ottawa, il y avait de cela vingt-quatre ans, ses relations d’affaires avaient poussé le jeune avocat, vers les salons anglais du Sandy Hill[1]. Un jour il y avait rencontré Miss Maud Fletcher, fille d’un haut fonctionnaire au ministère des finances. Les deux jeunes gens s’étaient plu rapidement. Un obstacle toutefois s’opposait à leur union : Miss Maud Fletcher appartenait à l’église anglicane. Le jeune de Lantagnac qui tenait plus à sa foi religieuse qu’à sa foi nationale, se promit d’obtenir la conversion de sa fiancée. Au début, les Fletcher y mirent à la vérité, quelque mauvaise humeur. Fort heureusement pour le jeune homme, la foi religieuse n’était restée qu’une forme de la foi nationale dans la famille de Miss Maud. La religion du flag, la foi britannique et impérialiste primait tout dans les idées et dans les sentiments de ces Anglicans très orthodoxes. Pour eux, comme pour la plupart des Anglo-Cana-

  1. Les Canadiens français disent encore : La Côte-de-Sable.