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VERS LA CONQUÊTE

comme un signe de l’ascension sociale de mon nom, de ma famille ? N’est-ce pas moi encore qui ai rompu avec la société française de la capitale pour ne plus me laisser entraîner que du côté de ma femme ? Moi toujours qui ai choisi de ne parler qu’une langue dans ma maison, langue qui n’a pas été la vieille langue des de Lantagnac ?

Hélas ! le père de famille se souvenait tristement que son anglomanie l’avait porté encore plus loin. Il n’avait pas été l’homme qui subit, comme une chaîne, le mal du vaincu. De l’anglomanie il s’était constitué le doctrinaire, le prosélyte fervent, l’apôtre enthousiaste.

— Combien de fois devant mes enfants, était-il forcé de l’avouer, combien de fois ne me suis-je pas extasié sur la supériorité anglo-saxonne, sur l’excellence de la plus grande race impériale de l’histoire, race de gouvernants, race de maîtres du monde… L’un des premiers livres que j’ai fait lire à mes fils, ne fut-ce pas ce bréviaire, ce manuel de l’impérialisme anglo-saxon qui s’appelle : The Expansion of England de Seely ? Et ce sera moi, méditait-il avec confusion, ce sera moi qui demain devrai dire à ces mêmes enfants : Illusion, mensonge que tout cela ! Mes fils, mes filles, j’ai fourvoyé vos esprits. La supériorité est d’une autre essence. Elle est ailleurs !…

Tout en ruminant ces troublantes pensées, Lantagnac parvint au No 240 de la rue Wilbrod. La maison était là, spacieuse, d’apparence bourgeoise, mais élégante, bordée d’une large véranda.