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LE CHOC SAUVEUR

Depuis le soir de son entretien avec Virginia, depuis cet autre surtout où Maud lui a dit, au milieu d’une crise de larmes : « Il y a que notre bonheur est fini », Lantagnac a vécu bien peu de jours de vrai repos. Il n’ignorait point le caractère absolu de Maud, facilement porté aux décisions extrêmes. Il savait quels conseils elle recueillerait dans son milieu mondain et anglais, au foyer même des Fletcher. À partir de ce moment, il s’était promis d’être prudent. Sur le coup, il avait projeté de s’expliquer franchement avec sa femme. Puis, il avait eu peur de provoquer entre elle et lui des paroles irréparables ; il avait ajourné, remis indéfiniment. Et voilà que, de jour en jour, il s’était senti intimidé, retenu par une sorte de pudeur puritaine dont s’enveloppent trop souvent les choses de la grande intimité, dans les ménages anglo-saxons. Tout de même, il sentait que cette situation ne pouvait durer. Ajourner une difficulté n’est pas la résoudre. Et, ce soir de novembre, pendant qu’il se hâtait vers la rue Wilbrod, Jules de Lantagnac retournait dans son esprit, le même problème obsédant.

— C’est demain, se disait-il, demain que j’ai promis de donner ma réponse à Landry. Il faudra donc que je m’en ouvre à Maud, que je lui fasse accepter mes raisons. Et si elle les rejette ? Si elle me défend la candidature ? Si elle profère des menaces ?

Il rentra chez lui à l’heure même du souper. Un des beaux-frères de Maud, William Duffin,