Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/82

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
82
L’APPEL DE LA RACE

sucessives, notre démission totale et finale ? Car enfin si un peuple se permettait sur les frontières de son voisin, de ces raids incessants, que dirait-on de sa tactique ? On dirait, et à bon droit, qu’il veut la guerre puis la conquête. Au nom de quelle logique, quand il s’agit de nous, veut-on que la conclusion soit autre ?

Le Père Fabien s’arrêta un moment, en une pose de défi, comme s’il eut eu à parer un adversaire. Puis, d’une voix encore plus tranchante :

— Eh bien ! ici, en l’Ontario, on nous oblige à jouer une partie suprême. C’est la plus grave de nos questions scolaires. Ni dans le Manitoba, ni dans l’Ouest elle ne revêtit pareille importance. Il y va ici du sort d’un quart de million de Canadiens français. L’Ontario est le premier contrefort du Québec ; il l’est par la géographie et par la puissance de son groupe. Si nous, des marches ontariennes, perdons cet engagement, je vous le dis, Lantagnac, je ne vois plus que nous puissions gagner la grande bataille. Eh bien ! voyez-vous maintenant, où est, à l’heure où je vous parle, le poste des hommes de cœur ? Le voyez-vous ? Promettez-moi seulement d’y bien réfléchir.

— C’est déjà commencé, dit l’avocat qui avait suivi le discours du Père Fabien, visiblement soucieux, en proie à une vive agitation intérieure. Il se leva pour prendre congé :

— Croyez bien, mon Père, voulut-il ajouter d’une voix qui tremblait un peu, croyez-bien, que je ne reculerai devant aucun sacrifice légitime pour accomplir mon devoir.