Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/92

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
92
L’APPEL DE LA RACE

— Vous raillez nos héros ? Vous avez tort. Je dis, moi, comme Virginia : ces enfants qui font la grève devant l’inspecteur pour défendre la langue de leurs mères, ne sont pas moins admirables que les petits Irlandais de la vieille Irlande, Duffin, qui bravent toutes les punitions pour apprendre le gaélique ; pas moins admirables que les petits Celtes du pays de Galles qui se laissent frapper plutôt que de cesser de parler le Gallois. Et pourquoi donc ce qui s’appelle de l’autre côté des mers, héroïsme, s’appellerait-il ici comédie ? »

Duffin branla la tête, dédaigneusement sceptique.

— Ne prenez pas de ces airs, dit Lantagnac sévèrement. Quand un jour s’écrira l’histoire de la persécution ontarienne, ces petits enfants dont vous parlez avec mépris, ces enfants des concessions de Renfrew et de Prescott et ceux de Green Valley, et ceux d’Ottawa, et ceux de Windsor, et ceux de Ford City et ceux du Nouvel-Ontario apparaîtront aussi nobles, aussi grands que les petits Polonais du duché de Posen et vos inspecteurs et vos ministres de l’éducation aussi méprisables que des Prussiens.

— Mais enfin, où voulez-vous en venir ? demanda l’Irlandais qui évitait toujours de répondre directement. À quoi prétendent aboutir ces luttes stériles et ces vaines paroles ?

— À quoi ? s’écria Lantagnac ; à la victoire complète de mes compatriotes, à moins que