Page:Groulx - Louis Riel et les événements de la Rivière-Rouge en 1869-1870, 1944.djvu/14

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Le gouvernement canadien avait lui-même trop à se faire pardonner pour prendre une mine scandalisée devant ce qu’il lui plaît d’appeler parfois les « illégalités » ou les « maladresses » du gouvernement provisoire. Il eût pu ne pas oublier son entêtement à se mal renseigner, à ne pas écouter, dès le début, les graves, les solennels avertissements de Mgr Taché, aveuglement inconcevable, cause première peut-être de tous les troubles. Il eût pu se rappeler les maladresses, les provocations de ses propres délégués ou agents : maladresses et provocations dont Cartier, non sans quelque mérite, dressait ainsi la longue liste à lord Lisgar : « proclamation de McDougall émise sans autorité » ; commission extraordinaire de McDougall au colonel Dennis, l’autorisant à lever des troupes « pour fins militaires contre les colons » ; commission du même Dennis à Joseph Monkman, sauvage de la colonie de la Rivière-Rouge, pour inciter les tribus indiennes à faire une guerre à mort aux Métis français, tentatives encore de Dennis, du Major Boulton, du Dr Schultz et autres Canadiens et colons du Haut-Canada pour soulever Métis anglais et écossais contre les Métis français, tentative particulière du Major Boulton « pour une véritable invasion militaire dans la colonie de la Rivière-Rouge », projet qualifié par Cartier de « très malheureux et très déplorable », mouvement « le plus malheureux » que l’on ait alors tenté, au jugement de Donald Smith. Quelques mois plus tard, Cartier aurait pu ajouter, à cette liste de provocations, ce qu’il appellera, dans une lettre à Mgr Taché, « la proclamation stupide de Wolseley », l’entrée en tempête au fort Garry de ce colonel chargé d’une « mission de paix ». Bref, si les crimes des peuples contre l’autorité sont assurément graves et si, de même, les crimes de l’autorité contre les peuples ne sont pas d’une moindre gravité, on peut le soutenir, sans outrer les choses : un coupable avait besoin plus que d’autre d’être amnistié. Et ce coupable, c’était le gouvernement d’Ottawa.

Dans les deux camps qui s’étaient affrontés à la Rivière-Rouge, n’avait-on pas tout autant à se faire pardonner ? Si Riel était coupable d’illégalité pour avoir formé le gou-