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XX


VERS MON DÉPART DE VALLEYFIELD


Quand, aux approches de 1915, j’embrasse d’un coup d’œil la suite des menus événements cités plus haut, je suis frappé de ce nœud de circonstances où, à mon insu, va se préparer, dans ma petite vie, la césure la plus grave. La Providence affectionne, dirait-on, les voies cachées. Elle nous mène par la main. Mais qui peut se vanter de voir clair en ses desseins ? On dirait d’abord, dans la forêt, un sentier obscur, tortueux. Un jour une lueur pâle filtre à travers la chevelure des arbres. Puis, le sentier se redresse, s’élargit, un trait de soleil y gicle. La voie est ouverte ; il n’y a plus qu’à s’y engager.

Je ne suis pas de retour au Collège depuis trois ans que je sens sourdre autour de moi la même hostilité qu’avant 1906. Et pour les mêmes raisons. Le fond du débat n’a pas changé. Il s’agit toujours de divergences sur la notion d’éducation. Je continue à croire et professer qu’une éducation catholique, éducation intégrale par essence, ne saurait se proposer d’autre fin, surtout au palier de l’enseignement secondaire, que la formation du catholique apôtre. Je l’écrivais en 1914, au R. P. Marie-Hervé Hamelin, du Collège Bourget de Rigaud : « Qu’importent les critiques ? Ne sommes-nous pas assurés de ne faire que notre simple devoir d’éducateurs en faisant œuvre d’apôtres et en formant des apôtres ? » (Archives de l’Action catholique, 3e cahier). Renoncer à cette fin, à cette formule éducative, me paraît une renonciation à mon sacerdoce. L’apostolat, pour un chrétien, ne saurait se concevoir comme un devoir de surérogation, mais bien plutôt