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mes mémoires

genoux comme les autres, dans la légère embarcation, et avec quel plaisir j’avironne dans le calme et la fraîcheur du matin, sur l’eau plus resplendissante qu’un miroir. Arrivés au pied de la montagne, on procède à l’escalade, au portage. Toujours en silence, deux scolastiques empoignent le canot et se le renversent sur la tête ; d’autres se chargent des provisions ; j’ai pour mon lot la brassée des avirons. Et, d’un pas leste, la petite caravane s’ébranle vers le sommet. La montagne peut avoir quatre à cinq cents pieds d’altitude. Nous cheminons à travers un étroit sentier, entre arbres et rochers. Excellent exercice pour aider la prière et aiguiser l’appétit. La descente de la montagne accomplie, les canots tombent dans un autre lac. À un demi-mille environ, une fumée s’élève au bord d’une île parmi les conifères. C’est le feu des éclaireurs, partis préparer le déjeuner. L’arrivée à l’Île met fin au silence de la flottille. Des hourras aussi francs qu’intéressés saluent les marmitons très affairés autour de leurs foyers où achèvent de bouillir ces incomparables mets de pique-nique que sont, pour les estomacs jeunes, les beans traditionnelles. Le déjeuner se prend par petits groupes, souvent animé de chansons. Puis, c’est le lavage de la vaisselle ; quelques autres minutes de silence pour la lecture d’un chapitre de l’Évangile. Et, victuailles et vaisselle ramassées, les canots se remettent en marche. Nous naviguions, sans autre arrêt qu’un portage ou deux, dix milles, quinze milles, certains jours davantage, jusqu’au terme fixé pour la promenade et le dîner. Au dîner, même rite qu’au déjeuner. Avant et après, ceux qui sont libres ont loisir de s’adonner à leur sport favori : excursion dans la montagne, pêche, lecture. Vers trois ou quatre heures de l’après-midi, un appel sonne le retour. Les canots se remettent à la file. Des chansons rythment les coups d’aviron. Quelques minutes sont encore accordées au silence, pour un court rappel de la méditation du matin, pour la récitation du chapelet. Vers quatre heures, à une couple de milles d’ordinaire de La Blanche, l’on aborde à une plage de sable : lieu du bain et du souper. Vers sept heures, signal du dernier départ. Nouvelle ascension de la montagne, dernier portage, retour au lac McGregor. Nous débouchons à La Blanche, à la brunante, au chant de :

L’ombre s’étend…
La prière est le chant du soir !