Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/102

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102 MES MÉMOIRES hart autant que la plume allaient écrire. Je ne jurerais point que fouailler une victime ne le passionnât. De même le voyait-on se méprendre, se leurrer sur les hommes, les événements, se four¬ voyer en d’inconcevables aventures. Seul, par exemple, un Asse- lin, qui avait broyé les cors de tant de gens, inconnu, au reste, de la masse, pouvait se lancer éperdument, à Montréal, dans une campagne municipale où son rival, homme puissant, devait l’écra¬ ser. H n’y avait que lui encore, parfait étranger dans le comté de Terrebonne, pour s’en aller affronter, dans sa citadelle, un adver¬ saire aussi invincible que Jean Prévost66. Autre aventure électorale d’où le candidat revint avec une veste moins que faite sur mesure. Devenu président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Asselin entreprit courageusement de la réformer. Il en chassa une clique de vieux politiciens et restitua à l’institution son rôle de société nationale. Hélas, il arriva qu’une parole de l’archevêque de Montréal, Mgr Bruchési, n’eut pas l’heur de plaire au nouveau président. Le voilà parti en guerre contre l’Archevêque. Mais il se trouvait que l’Archevêque était bel et bien l’aumônier général de la Société Saint-Jean-Baptiste. Pressions, objurgations des col¬ lègues ou des amis ne purent avoir raison du terrible polémis¬ te, véritable volcan en mal d’éruption. La Société n’eut que le choix d’expulser son président. Brouillon par tempérament, capitaine Fracasse plus souvent qu’à ses heures, le pauvre Asselin ne fit pas longue vie à La Rente. A Joseph Versailles67 qui s’était flatté de l’acquisition de sa recrue, Georges Pelletier avait répondu: « Le poulain est bon; le tout est de l’atteler. » Versailles ne réussit pas à l’atteler. S’il avait pu lui passer au cou le collier, il n’avait pu lui imposer les rênes. Force fut à Versailles de congédier son homme, sous peine de se voir mis à la porte de sa propre maison, et par nul autre que son employé. Un jour le public, au comble de l’étonnement, apprit qu’Olivar Asselin devenait directeur du journal libéral, 56. Jean Prévost (1870-1915), avocat; député de Terrebonne à l’As¬ semblée législative (1900-1915); ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries (1905-1907). 57. Joseph Versailles (1889-1931), financier; fondateur de Montréal- Est; premier maire (1910-1931); ancien président de la Maison Versailles- Vidricaire-Boulais; premier président de l’ACJC (1904).