Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/120

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118 MES MÉMOIRES Pierre Homier (Père Joseph-Papin Archambault), puis Anatole Vanier vont tenir la plume à cette tribune. Guerre aux compa¬ gnies d’utilité publique ; guerre au gouvernement fédéral, à ses fonctionnaires, à ses politiciens; guerre aux maisons de commer¬ ce ou d’industrie qui attentent aux droits de la langue française ou qui rechignent à lui faire la part qui lui revient. Guerre, pour les mêmes motifs, aux fanatiques des provinces anglo-canadien¬ nes qui combattent ou gênent l’enseignement du français dans les écoles des minorités canadiennes-françaises; guerre à notre propre enseignement du Québec, pour ses tendances à l’anglo¬ manie ou son manque de sens national; guerre à notre petit peu¬ ple, qui, par faux souci du gain ou par sotte anglomanie, lui aussi, maquille à l’anglaise le visage sacré de son pays français. La lan¬ gue française, c’est alors, pour les patriotes, une Grande Dame: < Sa Majesté la langue française ». Honnis soient ceux qui lui refusent ou lui contestent ses droits de souveraineté ! Pierre Ho¬ mier et Anatole Vanier se tiennent à l’affût de toutes les attaques, de tous les manquements et les dénoncent sans merci. Voilà bien, à coup sûr, le secteur où L’Action française a combattu avec le plus d’énergie et une infatigable ténacité. Ces deux collaborateurs surveillent spécialement le gouverne¬ ment fédéral qui observe de façon si mesquine le bilinguisme constitutionnel. L’Action française appuie de toutes ses forces ceux qui livrent alors la bataille pour l’obtention du timbre-poste et du timbre d’accise bilingues. Par suite de l’imprévoyance, hélas ! des Pères de la Confédération et par la faute aussi du laisser-aller de leurs successeurs, il est arrivé que ce gouvernement d’Ottawa, officiellement bilingue en théorie et en droit, ne sait encore montrer à l’étranger et au monde international, jusque vers 1920 et même après, qu’un visage anglais: visage anglais dans son drapeau, dans son chant national, dans ses timbres-poste et ses timbres d’accise; petits riens du tout en apparence qui, cepen¬ dant, s’en vont crier, à travers le monde, la nationalité d’un Etat. Un jeune étudiant canadien-français de l’Université de Louvain nous signale douloureusement la chose en 1927: Depuis un peu plus de trente jours que je suis ici, on m’a demandé à peine un peu moins de trente fois si on enseigne le français au Canada... * Il n’y a pas d’universités chez vous ? » ... « Quelle langue parle-t-on dans les familles ?» € Dans vos col¬