Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/121

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TROISIÈME VOLUME 1920-1928 119 lèges, est-ce qu’on se sert du français même pour l’enseignement des autres matières du programme ?» Et ce sont là questions ou réflexions des plus avisés et des plus ouverts !... Les choses se¬ raient simplifiées de moitié... si mon pays, le Canada, avait un timbre bilingue. Ce fâcheux unilinguisme international enlève à l'étranger la seule attestation pratique et tangible de notre égalité avec l’Anglais dans l’existence. Je cache mes lettres et je déchire mes timbres pour ne pas les voir proclamer le peu d’esprit « gentleman » de mes compatriotes anglais, qui me re¬ fusent cette satisfaction alors qu’ils devraient en prendre l’ini¬ tiative, — et le manque d’obstination efficace de mes compatrio¬ tes français qui ont mis soixante ans à ne pas obtenir cette même justice (L’Action française, XVII: 119). Mal honteux en sa pénible réalité. Résultat sans doute de la mauvaise volonté du fonctionnaire anglo-canadien, mais tout au¬ tant du manque de dignité et de fierté de nos pauvres compa¬ triotes. Une petite enquête, conduite alors aux douanes de Mont¬ réal, nous révèle que, par suite de l’ostracisme pratiqué à l’égard du français, dans tous les ministères fédéraux, les catalogues des articles importés, ainsi que les taux et item du tarif n’existent qu’en langue anglaise; il en va de même des règlements et avis du ministère des douanes au sujet de ces catalogues à l’usage des courtiers. Les courtiers de langue française, incapables de faire eux-mêmes les traductions de ces pièces, ne traitent avec les douanes canadiennes qu’en langue anglaise (L’Action française, XI: 59). Le pire, en tout ce mal, faut-il le répéter, c’est l’attitude des Canadiens français qui ne ressentent même pas l’affront d’un pareil régime. Il se trouvera un Rodolphe Lemieux, ministre dans le cabinet Laurier, pour se moquer copieusement de ce qu’il stig¬ matise d’un terme méprisant, le « Postage Stamp Patriotism ». On sait à qui s’est heurtée la loi LaVergne qui tente de remédier à l’intolérable état de choses, et dans les services fédéraux et dans ceux des compagnies d’utilité publique. De même la proposition d’élever à la qualité de « jour férié » le 24 juin, fête patronale des Canadiens français, trouve, au Parlement de Québec, ses pires adversaires dans les journaux canadiens-français et parmi les politiciens de même nationalité. Nul besoin de s’étonner, devant pareil état d’esprit, qu’à L’Action française, nous ayons malmené et durement nos poli-