Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/186

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182 MES MÉMOIRES Georges-Henri Lévesque, o.p. 104, à l’Université Laval: faculté d’orientation intellectuelle discutable, mais qui avait su former des spécialistes et les mettre au travail. Montpetit, si académi¬ cien, avec de si larges parties de poète, avait-il les aptitudes d’un véritable économiste et d’un sociologue ? « Economiste de ma¬ nuel », disait de lui Asselin qui, de ce côté-là, ne le prisait guère. Au surplus, ce même Montpetit avait-il dans l’esprit assez de cet optimisme qui fait l’homme d’action, le créateur ? Qui le voyait s’en aller dans la rue ou ailleurs, de sa démarche lente, les épaules penchées, le front soucieux, comme s’il eût porté le poids du monde, percevait difficilement, en son regard un peu triste, une volonté dynamique, un « animal d’action », comme on a dit, par exemple, d’un maréchal Lyautey. Gâté, sinon gavé par les pouvoirs qui ne lui ont pas ménagé les fonctions lucrati¬ ves: voyages d’enquête au Canada, en Europe, présidences de commissions; par surcroît, professeur en plusieurs facultés, et, pour cela même, professeur bien renté, adulé par ses disciples, en possession, peut-on dire, de l’admiration publique, qu’a-t-il manqué à Montpetit pour qu’il se sentît heureux et le parût ? Mystère de cet homme qui avait souvent le propos énigmatique, qui lançait une phrase ou l’autre comme des flèches, sans qu’on sût au juste en quelle direction. Rêvait-il d’honneurs ? Eût-il ambitionné un rôle politique ? La politique ! On ne voit guère ce lettré de « chambre bleue », hypersensible à la moindre critique, s’en allant se fourvoyer en la foire d’empoigne, en l’arène des fauves. Sa sensibilité, en effet, était celle d’une femme: autre faiblesse qu’il faut lui compter. 104.\tGeorges-Henri Lévesque (1903-\t), o.p.; professeur de théo¬ logie morale au Collège des Dominicains d’Ottawa (1933-1935); pro¬ fesseur de philosophie économique à l’Ecole des sciences sociales de l’Université de Montréal (1935) et à la Faculté de philosophie de l’Univer¬ sité Laval de Québec (1936); premier directeur de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval (1938); cofondateur et premier président du Conseil supérieur de la Coopération (1939); fondateur et directeur de la revue Ensemble (1940); aviseur social de la Corporation des Agronomes (1940-1949); membre du Conseil supérieur du Travail de la province de Québec (1941-1951); membre du Conseil d’Orientation économique de la province de Québec (1942); prédicateur général de son Ordre (1943); fon¬ dateur de la Maison Montmorency, Québec, et de la Maison Butare, Ruan- da.