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troisième volume 1920-1928

leur servant d’entraîneur, a suscité la Ligue des droits du français, puis l’Action française. Un remueur d’hommes. Celui qu’on ne voyait jamais entrer chez soi qu’avec un peu de tremblement. Que venait-il vous demander ? Quelle collaboration ? Quel article ? Quel discours ? Que venait-il vous arracher sans possibilité de résistance ? Assaut à la fois insinuant et pressant, où le plus simple était encore de s’incliner et de se rendre. Oui, qui n’a pas été conscrit, un jour ou l’autre, par le Père Archambault ? Que refuser, en effet, à ce Jésuite, l’action faite homme, et qui lui-même ne refusait rien ? Apôtre, il l’était jusqu’en ses moelles ; apôtre en toutes les œuvres : nationales, sociales, et surtout, comme de soi, religieuses. Riposte vivante du grand-père radical et anticlérical, Joseph Papin, du temps de l’Institut canadien.

Une seule carence peut-être en ce merveilleux remueur d’hommes : une singulière inclination à ne pas toujours bien choisir ses collaborateurs. Je veux dire à s’encombrer trop souvent d’hommes moyens qui ne lui ont été que du bois mort. À cette carence j’en ajouterais peut-être une autre qui diminua quelque peu son rôle à l’Action française. Certes, il était loin de l’indifférence à tout souci doctrinal. Il croyait à la nécessité d’une doctrine, armature essentielle de notre action française. Peut-être eut-il toujours quelque peine à se débarrasser de la conception première de la Ligue des droits du français. La question « langue » prédominait, eût-on dit, en son esprit ; et il inclinait à faire, des droits ou du respect de la langue française au Canada français, le problème capital. Illusion ou péché excusables, sans doute, en une province qui, trois fois en cinquante ans, intitulerait ses États généraux : « Congrès de la Langue française ». C’est de ce côté-là, du reste, qu’à la revue, il se marquera son poste. Il se chargera de la « petite guerre » pour le compte de la langue, et cette « petite guerre », il la fera bien. Sous le pseudonyme de Pierre Homier, à chaque livraison de la revue, il apportera son « À travers la vie courante » : chronique brève, aux sous-titres aguichants. Pierre Homier y dépiste partout l’anglomanie, flétrit sans pitié les agressions de l’adversaire, mais tout autant les manquements, les lâchetés de ses compatriotes ; et il monte en épingle les belles résistances, les réactions victorieuses. Toujours de cœur et d’esprit avec ses compagnons d’armes, le Père Archambault devra pourtant un jour nous quitter. Dans sa communauté, d’aucuns lui