Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/255

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 251 Ce jugement de la mère ne diffère pas beaucoup de celui que porte, quelque six ans plus tard, Papineau lui-même, sur la de¬ moiselle Azélie qui peut avoir alors seize ou dix-sept ans. Com¬ me elle part en promenade chez son frère Amédée et que Papi¬ neau a grande estime pour sa bru, il écrit à son fils: Azélie a besoin de la bonne compagnie de notre chère Marie pour se former sur l’exemple d’excellentes manières, de douceur et de modestie qu’elle verra à chaque instant chez une personne accomplie, qu’elle aime et qu’elle ne pourra s’empêcher de vou¬ loir imiter de loin. Avec beaucoup de douceur et de précaution, prémunis Azélie contre la vivacité de son tempérament et sa précipitation à vouloir avoir le dernier mot n’importe avec qui. Les prix qu’elle a remportés si souvent lui ont inspiré un peu plus de présomption qu’il n’en faut pour être aimable. Elle a sa bonne part d’esprit et de talent. Elle n’a pas l’éducation du monde et des manières à beaucoup près autant que je souhaite¬ rais (Corr. X: 149). Papineau est bien aise toutefois de trouver, en sa fille cadette, plus de caractère et d’esprit viril, qu’en son fils aîné. Une spi- rite est passée par le manoir. Les tables tournantes, stylos ou crayons parlants sont en pleine vogue. Amédée Papineau s’y est facilement laissé prendre. Son père lui écrit (7 septembre 1853): Azélie a plus d’énergie, de résistance que Mr Amédée. Les agi¬ tations nerveuses de la main de Mde Beach placée sur celle d’Azélie a fait produire au crayon mille zigzags, mais pas un mot (Corr. XI: 55). Cette jeune fille, avec ses admirables qualités, — une surdouée, — porterait-elle en soi quelque chose de trouble ? Elle est née en 1835 aux pires années d’énervement et d’excitation pour son père. De quelle maladie est-elle frappée au mois d’août 1856, maladie qui jette toute sa famille en si vive alerte ? Quelques bouts de lettre laissent soupçonner une catastrophe. Papineau écrit à Mme Maurice Laframboise53, sa nièce (12 août 1856): 53.\tRosalie Dessaulles, fille de Rosalie Papineau, épouse de Maurice Laframboise (1821-1882), avocat; maire de Saint-Hyacinthe (1857); député de Bagot (1858-1867); ministre des Travaux publics (1863-1864); député de Shefford à l’Assemblée législative (1871-1878); directeur du Pays (1852¬ 1871); fondateur du National (1872); juge à la Cour supérieure du district de Gaspé (1878-1882).