Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/263

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QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 259 Allard62, grand vicaire en disgrâce, devenu curé de Sainte-Martine. Pressé par lui de questions sur les derniers événements à Valley- field, je lui fais part de notre récente conférence ecclésiastique et de la lettre de Mgr Emard à Bourassa. Le grand vicaire de me dire aussitôt: « Je doute fort que cette lettre soit jamais parvenue à son destinataire. Je connais l’histoire de beaucoup de lettres qui n’ont jamais été écrites que pour les archives épiscopales de Val- leyfield. » Bourassa oublia plusieurs fois de nous apporter son dossier épiscopal. Un soir, et je voudrais rappeler sa délicatesse de cons¬ cience portée jusqu’au scrupule, il nous confia: « Dans ces oublis, je vois une indication providentielle qu’il vaut mieux ne pas * vous lire ce dossier. » Mais se tournant vers moi, il ajouta: « Votre lettre de Mgr Emard, je l’ai vainement cherchée. Elle n’est pas dans le dossier. » Je pourrais apporter ici, en confirmation sur l’état troublant du fils d’Azélie Papineau, le témoignage d’un homme d’esprit grave, qui fut longtemps le compagnon de vie et de lutte de Bou¬ rassa, l’un de ceux à qui le maître a le plus entièrement donné sa confiance: Georges Pelletier, futur directeur-gérant du Devoir. Un jour que nous causions du cas Bourassa, Pelletier me dit tout à coup, à sa manière brusque, tranchée: « La maladie de Bou¬ rassa, c’est la maladie de Mgr Bruchési. Mgr Bruchési est parfai¬ tement sain d’esprit sur maints sujets. Il peut converser sensément une heure durant. Deux sujets cependant à ne pas aborder si l’on veut que le pauvre archevêque ne dérape: s’informer de sa santé ou lui demander un geste religieux. Bourassa est sain d’esprit. Vous pouvez l’observer à Ottawa; il y prononce des discours d’excellent parlementaire. Un mot pourtant, prononcé devant lui, peut le faire sauter par la fenêtre: le mot nationalisme. » Pelletier parlait, sans doute, d’expérience. De Mgr Bruchési, je garde moi-même un pénible souvenir. L’archevêque, en son dé¬ rangement mental, se croyait, comme l’on sait, un réprouvé. En conséquence, tout geste religieux lui paraissait vain, odieux. Un jour je suis de passage à la maison des chapelains de l’Hôtel-Dieu 62.\tJoseph-Charles Allard (1867-1935), ptre; prélat apostolique (1906); curé de la cathédrale de Valleyfield (1905-1911); curé de Ste- Martine (1912-1933); aumônier (1934-1935).