Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/270

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266 MES MÉMOIRES Grand contentement pour les gens qui n’aiment pas ceux qui ont des idées et qui les expriment. Alors j’étais tout à fait heu¬ reux de pouvoir démontrer que lorsque des hommes de bonne foi sont d’accord sur les principes fondamentaux de la vie indi¬ viduelle et de la vie sociale, non seulement il n’est pas malheu¬ reux qu’ils expriment parfois des divergences d’opinions sur des questions de détail, mais ils prouvent par là même qu’on peut différer d’opinion à l’occasion, mais toujours se rencontrer quand il s’agit de donner à un peuple les leçons du devoir, de l’hon¬ neur et de la fidélité. Le nuage, en se dissipant, avait aussi dissipé toute animosité. J’ai rarement vu un Bourassa plus gai qu’après cette soirée du 13 octobre 1943. Pendant l’une de ses causeries au Plateau, il saisit l’occasion de me féliciter d’une conférence que je viens moi-même de prononcer: Pourquoi nous sommes divisés, conférence la plus dure sûrement que j’aie jamais risquée et qu’en d’autres temps, il ne m’eût pas pardonnée. Nous redoutions beaucoup la causerie où fatalement Bourassa raconterait son évolution. Le jour, en effet, où l’on était venu m’annoncer cette série de conférences- mémoires, j’en avais prévenu mes jeunes amis Laurendeau et Dra¬ peau: — Quelle tête ferons-nous, lorsqu’il en viendra à ce point de sa vie ? — Ça ne paraît faire nulle difficulté, m’avait-on répondu. Ce soir-là, c’était la dernière des dix, je dis à mon voisin, à l’auditorium du Plateau, M. Héroux: — Nous n’avons qu’à nous bien tenir ! — J’ai su, me répondit mon voisin, que les petites [les filles de M. Bourassa] ont beaucoup prié en cette dernière quinzaine. Le moment fatal arriva. Le conférencier entreprit de définir son « nationalisme ». Miracle ! La définition convenait à tous. Tous, nous aurions pu la signer, comme avant 1926, comme avant 1922. Preuve une fois de plus qu’avec le nuage tout s’était dissi¬ pé et jusqu’au souvenir de ce qui avait pu se passer au cours de dix à quinze ans. Jusqu’à la fin de sa vie, mes relations resteront au mieux avec Henri Bourassa. Je lui fais hommage de quelques- uns de mes ouvrages. Il m’en remercie agréablement.