Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/279

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QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 275 Il y a trois siècles que le pays agit sur le type français. Etablis dans des régions si différentes de la France, en perpétuel con¬ tact avec les Anglais, soumis à des conditions de vie absolument nouvelles, il ne se peut pas que nous n’ayons été profondément modifiés... ... Si donc l’âme canadienne est une âme française, elle est une âme française avec des caractères distincts, particuliers, dont on doit tenir compte dans l’organisation de notre vie intellec¬ tuelle. Un type ethnique, historique, existerait donc proprement cana- dien-français, qui aurait sa façon de penser, de sentir, de se com¬ porter nettement canadienne-française. Mais alors, se pourrait-il qu’une littérature, qu’un art, s’il n’en existe point de cosmopoli¬ tes, puissent exprimer autre chose que ce type humain en ses comportements originaux, psychologiques et autres ? Il me plaît de rappeler à ce sujet, tant il me paraît juste et opportun, le con¬ seil que donnait à ses jeunes compatriotes, Edouard Montpetit, conseil que je trouve dans L’Action française (XIV: 356): Lorsque vous serez en France, restez Canadiens. Faites atten¬ tion aux deux premiers efforts qui tendent à * désaxer » votre personnalité: l’effort du langage et le besoin d’être à la page. Gardez votre personnalité... Si vous voulez intéresser le Français, il faut absolument que vous restiez Canadiens... Pour intéresser le Français, il faut lui présenter quelque chose de nouveau. Lorsque vous serez en France, vous aurez donc ce souci de con¬ server votre personnalité canadienne, celle qui a grandi dans le cadre où elle a vécu. On se sent presque gêné d’avoir à défendre ou à démontrer de si criantes évidences. On l’est à peine moins devant la question du régionalisme, autre thème à chicanes toujours à recommencer au beau pays de Québec. Dans ce même article sur « Nos doctrines littéraires », L’Action française s’exprimait en toute franchise: Au Canada, y lisait-on, ce seul mot de régionalisme respire une odeur de bataille. Nous avons eu nos ennemis du régionalisme, qui, détestant le mot plutôt que la chose, qu’ils comprenaient d’ailleurs mal, étaient toujours prêts à partir contre lui en cam¬ pagne... On brouillait tout, tenant le régionalisme pour synonyme de folklore ou d’études de vieilles mœurs canadiennes, comme