Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/281

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 277 jusqu’à l’universel ? Atteindre en son fond l’homme d’un pays, d’une race, d’un temps, c’est toujours atteindre le tuf humain, c’est dépasser le transitoire et le particulier. Non, le régionalisme, tel que nous l’entendons, n’est pas responsable de la médiocrité de la littérature canadienne-française. Et l’on ne voit pas ce qu’en ces derniers temps, ont gagné nos écrivains et nos artistes à s’efforcer de n’être ni eux-mêmes ni de chez eux: aliénation stupide qui d’ail¬ leurs ne se pratique qu’au Canada français. Le moins que l’on puisse dire des œuvres de la nouvelle génération, à peu d’exceptions près, ne serait-ce point qu’elles manquent affreusement d’origina¬ lité, d’âme, de vie ? Temples désaffectés qu’on ne sait à qui dé¬ dier si ce n’est au dieu inconnu. Et quel dieu accepterait d’y lais¬ ser afficher son nom ? Le problème économique Cet autre problème, la jeunesse d’aujourd’hui croit l’avoir dé¬ couvert. Que n’a-t-elle point découvert, sans compter l’Amérique ? Pourtant, ai-je déjà dit, L’Action française en eut l’obsession, je pourrais presque dire l’angoisse. Peu de livraisons de la revue où elle n’y revienne avec l’insistance d’un leitmotiv. Cette conviction entra tôt dans mon esprit qu’un peuple se flatte vainement d’auto¬ nomie politique qui ne possède une certaine autonomie économi¬ que. De même, me semblait-il, une culture nationale ne pouvait longtemps s’accommoder d’un régime qui, pour son gagne-pain, fait d’un peuple un serf de l’étranger. Une économie bâtie de tra¬ vers, avais-je aussi coutume de répéter, ne peut qu’aboutir à une vie collective bâtie elle-même de travers. D’autres notes éparses, dans la revue aussi bien qu’en des articles élaborés, s’inspirent sans ambages de deux ambitions: libérer le Québec de l’assujettisse¬ ment économique; et, à cette fin, instruire le peuple, lui enseigner les voies de la libération. Le capitalisme américain, en particulier, avec quelle vigueur on s’appliquera à en signaler les dangereux envahissements. Eh oui, déjà et bien avant les alarmes actuelles de nos gouvernants d’Ottawa, et dans un temps où les alarmistes que nous étions se voyaient accusés de fougue révolutionnaire et de foi naïve au croque-mitaine ! Un mot d’ordre de 1923 porte ce