Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/282

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


278 MES MÉMOIRES titre: « Secouons le joug ! ». Et le joug, c’est surtout celui de la finance étrangère, soutien dont un jeune Etat, certes, ne peut se passer, mais qui « ne doit jamais devenir tellement puissant qu’il crée un sur-Etat économique capable de tenir en laisse l’Etat politique ». Pour pointer du doigt les menaces de l’envahisseur, le directeur de la revue cueille en route tous les avertissements: ce¬ lui de Maurice Muret, dans le Crépuscule des nations blanches, dénonciation du cheminement insidieux de l’impérialisme améri¬ cain dans « un pays pauvre, mal administré, mal exploité, où les capitaux sont rares et les capitalistes timides * (XVI: 47). Il em¬ prunte à un article de Maurice Pernot, dans la Revue des Deux Mondes (15 septembre 1926), à propos de l’Inde et de l’Occident, le témoignage poignant d’un Indien sur le mal fait à son pays par l’impérialisme des Occidentaux: Qu’est-ce que l’Occident a fait de l’Inde ? un pays riche; et des Indiens ? un peuple pauvre. Ces richesses qu’on nous obli¬ ge à tirer de notre sol, quelle part nous en laisse-t-on ? presque rien... De l’industrialisation brutalement imposée à l’Inde, d’au¬ tres ont les profits, nous avons les misères et les hontes... L’Inde n’est pas gouvernée, elle est exploitée. Avec la même vigueur, L’Action française dénonce la sotte ou criminelle imprévoyance des gouvernants du Québec devant les agissements des nouveaux barons: On nous répond que des précautions sont prises... Va-t-on com¬ prendre enfin qu’on ne supprime pas un danger par cela seul qu’on le nie ou qu’on dit ne le pas craindre ? Il fallait en même temps secouer l’opinion, inculquer au peuple la volonté, les vertus de la libération. L’Action française qui ne s’est jamais complue, quoi qu’on dise, dans le négativisme, s’y emploie avec non moins de zèle sur cet autre point: rôle du fac¬ teur économique dans la vie nationale, urgence d’une mobilisa¬ tion des capitaux canadiens-français, sens de la solidarité sur ce terrain comme sur les autres, rôle de l’éducation nationale en cet éveil populaire, tous ces motifs, tous ces moyens d’action sont prêchés, ressassés. En 1927, la conclusion d’un article sur « In¬ dustrie et commerce » ponctue ces grosses vérités: