Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/290

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286 MES MÉMOIRES bon, la mécanique et tous les désirs médiocres, au milieu des¬ quels notre démocratie voudrait enfermer tout l’horizon de l’homme ». Nul peuple ne peut cesser de croire que la civili¬ sation s’exprime avant tout dans les monuments intellectuels, dans la pureté et la gravité des mœurs, dans les harmonies d’une justice et d’une charité supérieures. Oui, jusqu’à la fin il restera nécessaire de proclamer qu’un peuple perd sa peine et son existence qui cesse d’être le peuple de sa vocation, l'exécu¬ teur de la pensée divine sur lui. Aux constructeurs de notre avenir matériel de ne point perdre de vue le caractère essen¬ tiellement pratique de ces hautes vérités. Oh ! sans doute, précautions qui, aujourd’hui, paraissent bien méticuleuses et prêtent à sourire. Elles sont de leur temps et elles soulignent du même coup, ce me semble, la hardiesse de ces nouvelles consignes. Directeur de la revue et directeur de l’en¬ quête, il m’incombe d’en écrire la conclusion. Je m’exécute dans la livraison de décembre 1921. Et je le fais de Paris, où, comme l’on sait, je suis alors en voyage de recherches aux archives de France. De nouveau, je signale l’importance de cette étude sur l’un de nos problèmes capitaux, étude la plus cohérente, m’a-t-il paru, depuis L’Indépendance économique du Canada français d’Errol Bouchette. Puis je souligne quelques observations récon¬ fortantes, relevées ici et là par nos collaborateurs: absence d’obs¬ tacles ou d’insuffisances insurmontables dans la solution du pro¬ blème; point, en tout cas, du côté de la nature, encore qu’il faille se défendre d’un déterminisme trop absolu de la géogra¬ phie; point d’insuffisances, non plus, du côté du facteur humain, c’est-à-dire de nos hérédités françaises, l’esprit français, de par son « élégante solidité », étant « capable autant que tout autre de s’intéresser aux choses positives et de vaincre les réalités », avait écrit Antonio Perrault; nulle nécessité, par conséquent, appuyait Henry Laureys, de pétrir l’esprit de notre jeunesse à l’anglaise, pour la rendre plus apte au succès en affaires; point d’insuffi¬ sances irréparables enfin dans le « capital-médiat », ou le capi¬ tal-espèces, estimé par Georges Pelletier et Edouard Montpetit au demi-milliard et même au milliard et plus. Dans le commerce, selon Léon Lorrain, nos réalisations se révélaient même étonnan¬ tes, compte tenu du point de départ, c’est-à-dire de la dévastation de 1760 et de la banqueroute de Louis XV. Où donc discerner