Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/289

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QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 285 Car enfin si nous avons gardé intacte l’armature de notre état social, si nos ancêtres nous ont légué un admirable héritage de vertus et si notre main-d’œuvre et nos organisations ouvrières offrent les plus hautes garanties de moralité, il y a lieu de penser que ce n’est pas uniquement pour édifier la fortune des autres. Puis, délibérément, je revenais une fois de plus à la « hiérar¬ chie des problèmes », hiérarchie dont l’Action française, en tou¬ tes ses initiatives, s’était fait une règle inviolable. L’un de nos directeurs, Antonio Perrault, allait, du reste, indiquer nettement le rôle de notre effort économique dans l’ensemble de nos inté¬ rêts supérieurs, intellectuels et moraux. Si j’y reviens, c’est que les craintes des « intégristes », mises en éveil, me l’imposaient. Il y a de ces prudences qui ne sont jamais trop prudentes: En définitive, disais-je donc, à quoi nous servirait d’être les vainqueurs de la lutte économique, si nous devions être les vaincus de la richesse ? Ici se présente le problème classique. Un peuple qui veut as¬ pirer aux plus hautes formes de la vie, doit assurément se pour¬ voir d’une certaine somme de bien-être matériel. Mais com¬ ment empêcher que l’Economique ne finisse par dominer trop entièrement la vie nationale ? « L’Action française, prenais-je encore la peine de préciser, n’adresse point à nos compatriotes un appel à la constitution des grandes fortunes. » Ce qu’elle souhaite obtenir, c’est un « effort collectif et ordonné, un appel à chacun de faire tout son devoir à son poste, une invite à la collaboration de tous les facteurs pour le triomphe de l’indépendance commune et pour l’acquisi¬ tion du bien-être par chacun ». Puis, pour finir, j’invoquais la nécessité d’une fonction directrice au début de l’ère qui, espé¬ rions-nous, allait s’ouvrir: A tous les tournants de son passé, notre peuple aura eu besoin d’être éclairé. A ce moment-ci de son évolution, il importera, comme toujours, qu’il soit guidé dans l’organisation de sa vie. Toujours, pour citer quelques lignes de M. Robert Vallery-Radot, « une nation même catholique aura besoin qu’on lui montre une destinée qui dépasse le boire, le manger, l’hygiène, le char¬