Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/303

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 297 du Pacifique-Canadien d’alors, M. Beatty 85. De l’avis de ce Mon¬ sieur, qui parlait, ce jour-là, devant le Young Men’s Canadian Club de Montréal, « le patriotisme n’implique point de préfixe ». Au Canada, et selon D’Arcy McGee86 appelé à la rescousse par l’orateur, l’on ne saurait concevoir qu’une nationalité canadienne, ni canadienne-irlandaise, ni canadienne-britannique, ni canadien¬ ne-française, mais simplement canadienne. Fini le sectionnalis- me ! « Et c’est ce pourquoi l’on doit se préparer à combattre jus¬ qu’à la mort. » M. le président du Pacifique, on le voit, n’y allait pas de main morte: Point de « sectionnalisme », c'est bientôt dit, répliquai-je à cet homme qui jusqu’alors avait réputation de parler bon sens. Si l’on veut marquer par là que, dans l’ordre économique, politique ou national, aucune province ou aucune race ne doit pratiquer l’égoïsme à ce point qu’elle oublie les autres parties de la Puis¬ sance et veuille tirer à soi ou toute la couverture ou plus que sa part de couverture, nous sommes tous d’accord. Mais si l’on en¬ tend condamner tout « sectionnalisme » de province ou de natio¬ nalité, nous crions: halte-là ! Car enfin ce sont les principes mê¬ mes de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique que l’on remet en question. Le Canada est-il, oui ou non, un Etat unitaire ou une fédération de provinces ? Ce que les « Pères » ont ratifié en 1867, est-ce la fusion ou Yalliance de deux races au Canada ? Si le Canada est une fédération de provinces, il y a donc un « sectionnalisme » de province, contre lequel il est illégitime de protester. S’il doit y avoir, en ce pays, deux races alliées, et non deux races fusionnées, il y a donc, quoi que l’on fasse, des Cana¬ diens anglais et des Canadiens français. Et voilà encore un « sectionnalisme » auquel on ferait bien de ne pas toucher. Qu’on se tienne pour averti: il y a des « préfixes » qu’on n’effacera pas sans ébranler les fondements mêmes de la Confédération. S’il ne doit y avoir que des Canadiens sans « préfixe », M. Beatty serait bien aimable de nous dire de quelle race ils seraient et quelle 85. Edward Wentworth Beatty (1877-1943), avocat et administra¬ teur; président de la Compagnie de chemin de fer du Pacifique-Canadien (1918-1943); chancelier de l’Université McGill (1921). 86. Thomas D’Arcy McGee (1825-1868), journaliste; écrivain et poè¬ te; député de Montréal (1857-1861, 1867-1868); président du Conseil exécutif (1862-1863); ministre de l’Agriculture (1864-1867); l’un des pro¬ tagonistes de la Confédération. Assassiné à Ottawa.