Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/340

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332 MES MÉMOIRES — Je n’ai pas de compliments à vous faire, lui dis-je, pour le tour d’une propreté douteuse que vous venez de me jouer. Il me regarde un peu déconfit, puis: — Je m’accuse. J’aurais dû vous prévenir, parce que je sa¬ vais. Il y a quelque temps, l’abbé est passé chez moi et pour me dire: « Fauteux, je brûle mes vaisseaux et je fonce sur l’abbé Groulx. » Je sais donc à quoi m’en tenir. Le coup m’atteint durement. Tout ébréchée qu’elle pouvait être, notre amitié tenait encore. Et elle s’enveloppait pour moi de si émouvants souvenirs. Mal¬ heureusement les choses n’en resteront pas là. Fidèle à ma tacti¬ que d’ignorer les attaques d’où qu’elles viennent, je dédaigne de me défendre. J’y renonce tout à fait lorsqu’Albert Lévesque m’apporte, pour L’Action française, un compte rendu de la « Se¬ maine » où il s’efforce de mettre les choses au point. Mais Henri d’Arles ne se croit pas tenu à autant de discrétion. Attaqué, il réclame le droit de se défendre, et dans L’Action française dont il est l’un des collaborateurs. Ajouterai-je qu’il a ses raisons de ne pas aimer plus qu’il ne faut l’abbé Chartier ? Il m’envoie un article dur, très dur, qui me laisse très embarrassé. A la revue, je l’ai déjà dit, mes collègues me font entière confiance. On me lais¬ se coudées franches. Pour la première et unique fois, à propos d’articles, je réunis le Comité de direction. On prend connais¬ sance du « poulet » d’Henri d’Arles. Forcément je suis amené à révéler l’intention inspiratrice de la conférence de l’abbé Char¬ tier: « foncer sur l’abbé Groulx, président de la Semaine d’his¬ toire ». On pèse le pour et le contre. Le choix est à faire entre l’abbé Chartier, plutôt loin des idées de l’Action française, et Henri d’Arles, collaborateur régulier qui, au surplus, nous pose cette alternative: ou laisser passer son article sans la moin¬ dre modification ou lui signifier son congé. Le Comité opte pour la publication de l’article. « L’abbé Chartier, conclut-on, a été l’agresseur, et en des circonstances qui rendent son acte inex¬ cusable. Qu’il en paie la façon ! » L’article paraît (L’Action fran¬ çaise, XV: 152-169). Il fait du bruit. On s’en émeut jusqu’à l’Archevêché de Montréal. Un jour que je suis de passage en la maison épiscopale, Nosseigneurs Deschamps et Gauthier s’en- quièrent des motifs et circonstances de la petite querelle. Je ra¬