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troisième volume 1920-1928

Les cartes-correspondance ou cartes-mots d’ordre connaîtront le même succès. « Depuis longtemps, écrivait Jacques Brassier[1] (X : 186-187), nous cherchions les moyens d’activer nos propagandes en mettant, sous les yeux de tous, des formules qui rediraient jusqu’à l’obsession, les mots d’ordre où doit s’animer, à l’heure actuelle, notre action patriotique. » On crut répondre à cette fin, en jetant, pour ce coup, dans le public, dix séries de cartes-correspondance. Ces cartes portent, en leur coin, l’effigie de Dollard, puis, en manchettes, diverses légendes et mots d’ordre. Et que disent, que crient ces mots d’ordre ? Des exhortations vives, pressantes comme celles-ci :


Cessons de penser en vaincus.
Pourquoi pas un timbre et un sou bilingues dans un pays bilingue ?
Colonisons, rapatrions, restons chez nous.
Nous sommes trop peu pour nous reposer.
Un peuple qui n’est pas maître de ses capitaux
n’est qu’un domestique dans sa propre maison.
Notre fierté de race sera toujours la meilleure gardienne de nos droits.
Un peuple de race française et de foi catholique ne peut avoir qu’un mot d’ordre : Vers la supériorité !
Vivre catholiquement pour un peuple c’est encore la meilleure façon de vivre grandement !
Soyons chez nous, chez nous.
Jusqu’au bout !


De ces cartes, il se vendra plus de cinq mille en deux semaines, dès la première année. L’année suivante, elles toucheront le 12e mille. À ces premières séries, l’on ajoute, dès 1924, des cartes pour dames et demoiselles. Celles-ci, cartes en bristol blanc, portent à leur coin l’effigie de Jeanne LeBer, et des mots d’ordre de la façon que l’on va lire :

Vive la Canadienne !
Un cœur noble aime ce qu’il doit aimer et donne une beauté

auguste à tous ses devoirs.
(Laure Conan)

Vous ne devez rien craindre dans cette redoute pourvu que

vous combattiez.
(Madeleine de Verchères)

La jeune fille idéale, c’est celle qui est fortement préparée à son rôle de femme.
(Fadette)
  1. L’un des pseudonymes de Lionel Groulx.