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troisième volume 1920-1928

L’Action française, en organisant un concours dramatique, n’avait pas imposé un sujet ; elle avait seulement indiqué un ordre d’idées ; il s’agissait d’attaquer l’anglomanie… Mlle  Michelet en a tiré une belle pièce dont je ne vous dirai rien, parce que vous allez l’entendre et que vous avez hâte de l’applaudir (VIII : 279).

Encouragée, l’Action française lance, l’année suivante, un second concours d’art dramatique. Je ne vois point que celui-ci ait obtenu quelque succès.


Pèlerinages historiques

Je n’ai plus à dire le rôle que, pour le réveil ou le relèvement de la nationalité, nous conférions à l’histoire nationale. Cet enseignement enfin installé à l’Université, puis amendé, quelque peu renouvelé dans l’enseignement inférieur, il reste à le faire descendre jusqu’au plus creux de la foule. Quoi de plus propre à cette fin que de tourner l’esprit du peuple vers l’histoire de son petit coin de terre, histoire locale ou régionale, image où s’incruste, à sa partie, sous sa forme la plus vivante, le passé. L’on tient là, je crois, la pensée qui a inspiré nos « pèlerinages historiques ». Nos directeurs, surtout Antonio Perrault et moi-même, nous nous en expliquerons maintes fois. M. Perrault écrit, dans la revue, en octobre 1921 (VI : 615) :

Comme la terre canadienne est peu connue ! Comme l’on entretient à son sujet une connaissance toute livresque, sans lien avec les endroits où se passèrent les hauts faits de notre histoire. On voudrait animer nos connaissances historiques et par là vivifier notre sens de la race. À l’heure où maintes gens s’efforcent de faire accepter par notre peuple un idéal qui ne correspond ni à son passé ni à ses promesses d’avenir ; à l’heure où maintes gens tendent à couper le fil de nos traditions en nous décanadianisant, n’est-il pas nécessaire de ramener nos gens, leurs guides surtout, vers les lieux de la patrie canadienne où furent écrits en lettres de sang les gestes de notre peuple ?

Lors d’un autre pèlerinage, je dirai, pour ma part :

Ce que l’on veut avant tout, c’est fortifier le patriotisme en lui donnant son fondement rationnel : la connaissance de la terre et des morts. La patrie n’a point que son visage physique ;