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troisième volume 1920-1928
Canadiens français, revenons plus souvent vers les souvenirs de notre passé. Nous y apprendrons à ne plus nous laisser traiter en ce pays comme une race inférieure. Nous cesserons de penser comme un peuple de vaincus. L’histoire nous dira que les traces de nos pères sont à jamais imprimées sur le continent américain, comme les traces de tous les grands civilisateurs. Deux à trois mille ans n’ont pas effacé des horizons égyptiens la silhouette des pyramides, non plus que les lignes du Parthénon du ciel athénien ; dix-neuf cents ans n’ont pu supprimer du paysage romain les arches des aqueducs impériaux ; croyons, nous aussi, fils des chevaliers qui ont fait la Nouvelle-France, croyons que ni les cheminées d’usine, ni les gratte-ciel, ni la main de l’homme, ni le souffle du temps n’effaceront jamais du sol américain, les vestiges du grand empire que nos pères y ont esquissé, ni l’ombre des croix qu’ils y avaient plantées (L Action française, X : 255).


Le pèlerinage Dollard

Il fallait réserver une place à part à celui-là. Dans le deuxième volume de ces Mémoires, j’ai raconté mon premier pèlerinage de 1918 au Long-Sault. Ces mêmes pages ont également dit quels motifs ou raisons ont fait naître en moi le culte de Dollard. Ce culte, on comprendra que je l’aie voulu propager, amplifier. Rêve, ambition qui se réalise dès l’année suivante. Ce 24 mai 1919, le Comité du Monument Dollard faisait dévoiler au Long-Sault, un buste de Dollard, dévoilement qui sera fait par un descendant de Biaise Juillet, descendant de « l’un des premiers dix-sept ». Pour l’occasion, nous aurons tôt fait d’organiser un autre pèlerinage au Long-Sault. En l’annonçant dans L’Action française (III : 162-165), je dis quels espoirs nous y pouvons fonder pour élever l’âme de notre jeunesse :

Quels sont ceux parmi nous qui ne voudront point aller communier à ce passé sans égal ? Les pères, les mères y voudront conduire leurs enfants. Tout jeune Canadien français qu’on voudra élever selon l’idéal de sa race, dans l’âme de qui l’on voudra voir prédominer les fins supérieures de la vie, devra se rendre au pays de Dollard, laisser émouvoir sa jeune sensibilité aux pressions de ce pur héroïsme, ajuster ses rêves à la mesure