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mes mémoires

Rappelons-nous bien le but essentiel de la fête. Nous voulons, sans doute, honorer l’héroïsme chevaleresque qui sauva jadis la Nouvelle-France ; mais nous voulons aussi infuser dans nos âmes, la puissance morale de cette magnifique histoire ; nous voulons que la beauté idéale du geste de 1660 entre parmi les stimulants qui exaltent les volontés de notre jeunesse… Il est bien important d’instruire notre jeunesse, de l’outiller pour les luttes de la vie ; il est encore plus important de lui faire une âme.

Qui eût pu douter, en ces années-là, de l’institution définitive, permanente, de la fête du 24 mai ? L’ébranlement est profond dans les esprits. Toute une littérature-Dollard — j’ose emprunter ce mot — tout un appareil ou équipement de fête, de culte, s’est créé d’une année à l’autre. Dès les débuts, pour souligner davantage le grand jour par le port d’un emblème, j’ai imaginé la confection d’une « rose de Dollard », rose minuscule, en tissu rouge, aux couleurs des martyrs, qu’on pût facilement épingler à sa boutonnière. L’Action française fait agréer l’emblème par toutes les sociétés nationales, et, pour en fixer le type et en empêcher les contrefaçons, en obtient enregistrement à Ottawa. La petite rose remporte un succès prodigieux. C’est par milliers qu’il la faut fabriquer. En 1920, plus de 100,000 sont vendues. Dans le Québec, dans l’Ontario, dans l’Ouest, en Nouvelle-Angleterre, partout les boutonnières se fleurissent de la rose, emblème du sang héroïque répandu un jour pour la Nouvelle-France :

Chaque année, écrit dans la revue (XIII : 389) Emile Bruchési, le cercle des amis de Dollard s’agrandit.
Des myriades de petites roses sont emportées par un vent magique à travers tout le pays et vont se poser sur les boutonnières de nos compatriotes de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l’Ontario, du Québec, de l’Acadie et de la Nouvelle-Angleterre. C’est devenu la mode du 24 mai !

Au calendrier Dollard que l’on connaît, se joignent bientôt les timbres-Dollard, neuf en tout, qui illustrent l’exploit du Long-Sault, puis une jolie carte-correspondance de Dollard, dessinée par Mlle Berthe LeMoyne[1]. Rappelons aussi les chants à la

  1. Berthe LeMoyne, artiste-peintre, décédée en 1958. Sœur de Mlle Georgette LeMoyne, ancienne présidente de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste.