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mes mémoires

de Versailles. Hélas, l’année suivante, il revenait en Amérique pour accepter un petit poste d’aumônier à Manchester, É.-U. Il reprenait tout de bon, à notre revue, son poste de critique. Encore cette fois pourtant, il se lassera. En 1930, il est à Rome. Un grand sujet l’obsède. Il a rêvé d’écrire une vie du Christ. On sait qu’il était déjà l’auteur de Laudes, commentaire émouvant des litanies de la Sainte Vierge. Aux approches de la soixantaine, il s’en va se remettre à l’étude des Écritures et des antiquités chrétiennes. Il se dit détaché de tout. Du Collège canadien, il m’écrit le 5 mai 1930 :

Maintenant pris par le grand sujet dont j’ai toujours rêvé, je m’y enferme et n’attache plus guère d’importance à quoi que ce soit d’autre. Cela ne m’empêche pas de partager vos anxiétés, concernant notre avenir…

Il m’avait déjà écrit de Santa Monica (Californie) où il était en repos (30 déc. 1928) :

Vous vous enfermez dans vos travaux d’histoire ; je m’enclos dans ma Vie de Jésus, pour laquelle il me faudra bien huit ou dix ans encore de méditations & d’études. Monseigneur Guertin m’a envoyé ici en repos complet physique et intellectuel, pour un an. Et après c’est Rome et la Terre Sainte, s’il plaît à Dieu.

A-t-il eu le temps d’écrire quelques chapitres du grand ouvrage rêvé ? Nulle autre lettre de lui ne me l’a dit. La première nouvelle qui me vint d’Henri d’Arles fut celle de sa fin. Un jour, on le trouva mort, dans sa chambre, au Collège canadien, assis dans son fauteuil, la tête appuyée sur un livre, comme Pétrarque. Mort qu’on peut dire à souhait pour cet intellectuel de race, l’un des plus fins peut-être que nous aura donné notre littérature.

Conférences d’apparat que ces conférences dont je viens de parler et réservées, pour la plupart, à Montréal. Pendant ce même temps, ai-je dit, les conférenciers de l’Action française se répandent comme un essaim à travers la province et même au-delà. La revue nous permet de les suivre à la trace. Noms bien connus : Dr Gauvreau, Léon Lorrain, Anatole Vanier, abbé Lucien Pineault, Antonio Perrault, abbé Philippe Perrier, Père Louis Lalande, s. j., Hermas Bastien. Ils vont ici et là traiter de sujets patriotiques, faire connaître notre œuvre, travailler au réveil popu-