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troisième volume 1920-1928

quelque chose, et je lui demande de faire davantage : de passer de l’idée à l’action et d’esquisser au-dessus de nos têtes, le geste de salut qu’avec anxiété nous attendons.

Propos qui laissent voir le souci constant d’une action qui aurait voulu durer, qui comptait surtout sur l’avenir. Pour ma part cette conviction me possède que l’homme de pensée — ou qui se croit tel — n’agit efficacement que sur la génération qui vient après lui. Oui, je le répète, la jeunesse, c’est alors pour nous, le point d’interrogation angoissant. Sur elle notre mouvement avait-il quelque prise ? Ceux qui vont venir feront-ils le pont entre eux et nous ? Les générations se suivent mais se soudent-elles ? Une invite à s’ouvrir, à se définir, invite adressée aux jeunes intellectuels par la revue, nous avait apporté quelques réponses intéressantes. Mais combien de chefs de file de cette génération s’étaient abstenus. De ce côté-là pourtant l’avenir ni l’espoir ne restaient fermés. Le 14 avril 1924, accompagné d’Antonio Perrault, j’étais allé rencontrer à leur « Maison » de la rue Sherbrooke, des représentants de tous les groupes et de toutes les associations universitaires. Il s’agissait d’établir un dialogue entre eux et nous. Ces étudiants désiraient nous entendre parler des origines, des entreprises, des idées maîtresses et des espérances de notre mouvement. La rencontre nous laissa des impressions encourageantes. Je les recueille en ces Mémoires pour ce qu’elles peuvent fournir à l’histoire d’une époque. Ces impressions, signées par Nicolas Tillemont, qui pourrait bien être l’un de mes pseudonymes, laissent voir aussi comme il fallait peu pour me regagner aux solides espoirs :

La conversation se prolongea fort tard. De part et d’autre l’on se rendit compte, croyons-nous, qu’il n’existe, entre beaucoup de gens, que des cloisons artificielles ; qu’une fois les préjugés écartés, l’on se retrouve possédant au fond la même doctrine sur les choses essentielles de la vie nationale. Quand ces jeunes gens se furent rendus compte du caractère véritable de l’Action française, de la franchise de ses doctrines, de ses fins désintéressées, ce fut merveille de les entendre nous offrir spontanément leur concours, de les voir chercher avec nous les meilleurs moyens de nous entr’aider.

On le dit un peu partout : il y a vraiment du nouveau dans l’âme de notre jeunesse universitaire. Les aînés s’en aperce-