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mes mémoires

Le vent a beau secouer toutes les vergues et toutes les voiles, et le vaisseau attendre avec impatience sa manœuvre et sa direction, il semble que l’attitude de la jeune génération soit celle de la recherche et de l’attente indéfinies.

Là-dessus, j’évoque l’exemple de ma génération, celle qui entrait dans la vie en 1900, « en réaction contre la génération précédente, la génération des politiciens négatifs, par qui toute la vie de la nation ne savait plus que tourner autour des stériles bavardages de tribune ». Et je conclus :

La jeunesse, qui n’a pas l’habitude des longs silences, voudra, sans doute, s’expliquer et se défendre. N’ayant jamais abdiqué ma confiance en elle, puis-je seulement lui rappeler que la période de la recherche et de l’expectative ne saurait de sa nature indéfiniment durer ? L’attente a-t-elle le droit d’être si longue lorsque, jamais peut-être, ne s’est imposé si gravement à la jeunesse le devoir de réfléchir et de prendre parti ? Nous avons tant besoin d’un mouvement de pensée puissant et durable qui nous fournisse la substance d’idées nécessaires à tout peuple pour donner le branle à ses énergies, orienter son effort et le soutenir…
Donc, nous attendons la jeunesse à son poste de travail. Nous l’attendons avec sa belle humeur et sa confiance invincible, sans peur devant le dur et long devoir…
(L’Action française, XVIII : 109-113)

Manifestement une réelle inquiétude m’obsède puisque je reprends un peu le même thème au soir du banquet que l’on m’offre à l’occasion de mon vingt-cinquième anniversaire de sacerdoce. Toute la seconde partie de mon allocution se résume en un pressant appel à la jeune génération ; je l’exhorte à passer au plus tôt à l’action positive :

Et pourtant nous avons aujourd’hui une jeunesse plus ouverte [que celle de 1849], une jeunesse non point formée dans les écoles libres, mais dans des écoles de l’État, avec l’argent de tous, et par conséquent, tenue plus encore que les autres envers la collectivité à la solution des problèmes économiques. Et je demande à ces jeunes gens dont quelques-uns nous honorent de leur amitié et de leur collaboration, je leur demande de nous dire s’il y a quelque chose à faire, ce que doit être exactement ce