Page:Grout - Passage de l'homme, 1943.djvu/11

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I


La vieille me dit : « Tirez les verrous », et elle ferma elle-même l’unique fenêtre aux carreaux verts qui donnait sur les champs. La grande horloge disait huit heures. Le soir tombait. La nuit sûrement serait mauvaise : un vent soufflait, venu de l’ouest. Il me sembla entendre une cloche. Mais je ne suis pas sûr des cloches : depuis l’enfance, je suis là-dessus en désaccord avec tous ceux que je connais. Ils prétendent que mes cloches à moi me sonnent dans l’oreille, ou dans l’esprit. Et ils prétendent aussi que je ne suis pas fichu de raconter, bien honnêtement, ce que j’ai vu ou entendu : « Non, non, écoute, tu exagères ! » Ou bien encore : « Où as-tu pris ça ? » Ou bien encore : « Laisse donc tes mains tranquilles, ne commence pas à t’exalter !… Pourquoi cette voix ? Est-ce que tu ne peux pas parler comme tout le monde ? » Ils ont fini par me faire douter de tout : d’eux et de moi, du monde entier ; et, bien que je me