Page:Grout - Passage de l'homme, 1943.djvu/35

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
33
PASSAGE DE L’HOMME

munier. Ce que vous appelez : communier. Et je communie tous les jours. À ma façon. Pour ce qui est de la messe, j’y vais encore, mais je prévois que bientôt je ne pourrai plus, que ce ne sera plus nécessaire. J’irai à la messe en pleine campagne. Ou dans ma chambre. Et même je n’irai plus du tout. »

Là-dessus il attendit la réponse du Curé. Et il souriait, bien calmement, comme s’il ne savait pas avoir dit ces choses, justement, qu’on ne doit pas dire, qu’on ne fait que penser, et encore qu’on n’ose pas penser.

Monsieur le Curé toussa un peu. « Mon ami, dit-il, et il regardait vers le feu, — mon ami, je ne vous comprends pas bien. Communier, mon ami, pour un chrétien, pour un vrai chrétien, c’est recevoir Notre-Seigneur, et le recevoir humblement, dans cette forme où Il a daigné venir à nous, caché sous un peu de pain… »

Il parut n’être pas content de lui, comprendre qu’il disait comme des choses vaines et sans portée, des choses apprises. Il ajouta, d’une voix plus ferme, et regardant l’Homme dans les yeux :

« La Communion, mon enfant, c’est une nourriture, et nous avons bien besoin d’être nourris. »

Il se fit un profond silence. « Nous avons