Page:Grout - Passage de l'homme, 1943.djvu/54

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V

Du temps passa encore — je vais sûrement trop vite — mais comment pourrais-je vous dire tout ? J’y serais encore demain matin.

On entra doucement dans l’hiver. Il y avait un an que l’Homme était venu, et il parlait toujours des Îles, mais personne ne pensait qu’il pût partir là-bas. Et ce n’est pas qu’on ne crût point à ce qu’il disait : on y croyait de plus en plus, mais on était accoutumé à lui, il était là, à ce qu’il semblait, depuis toujours et pour toujours.

Il n’allait jamais plus à la messe, non, pas même aux grands jours de fête, et on avait fini par faire comme lui. Je me rappelle que même à Noël de cette année-là, nous la passâmes entre nous, et ce fut un si beau Noël, un Noël si simple et si vrai, qu’il me faut vous le raconter.

Celui des Hauts était venu pour la veillée ; les semaines d’avant, sans rien dire à personne, l’Homme nous avait construit une