Page:Guiard - Virgile et Victor Hugo, 1910.djvu/43

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VIRGILE DANS l'kDICATIOX DE VICTOR HUGO 2f) Ce dernier vers simple et sans couleur n'est-il pas cepen- dant doucement mélancolique et vraiment virgilien ? Un examen attentif montre donc que d'un épisode à l'autre l'écolier ne reste pas stationnaire : il goûte plus intimement la sensibilité du poète de Mantoue, le réalisme cru de ses tableaux, l'originalité de son style incessamment créé et l'harmonie variée de son vers épique. En dépit des obstacles il put apprécier la justesse de cette pensée : « J'ai cru sentir plusieurs fois que ces difficultés ne seraient pas invincibles pour un grand écrivain, s'il voulait déroger jusqu'à traduire. Si le climat, le gouvernement, les mœurs influent sur les langues, le génie des grands écrivains n'y influe pas moins. C'est lui qui les dompte, les plie à son gré, qui rajeunit les mots antiques, naturalise les mots nou- veaux, transporte les richesses d'une langue dans une autre, rapproche leur distance, les force pour ainsi dire à sym- pathiser, rend fécond l'idiome le plus stérile, rend harmo- nieux le plus âpre, enrichit son indigence, fortifie sa fai- blesse, enhardit sa timidité, met à profit toutes ses res- sources, lui en crée de nouvelles, en fait la langue de tous les lieux, de tous les temps, de tous les arts (1). » Ainsi se formait dans une obscure pension, par des études latines si bien appropriées à son jeune génie, le poète qui devait dominer son siècle de sa gloire éclatante. Lui aussi pouvait dire comme son auteur favori dont il s'effor- çait d'imiter la clarté, la pureté, la facilité et la magnifi- cence : Me vero primum dulces ante omnia Musae, Quarum sacra fero ingenti percussus amore, Accipiant. (1) J. Delille. — Discours prélimin., p. 305. (Edt. Lefebvre).