Page:Guillard - Étude sur les drames consacrés à Jeanne d’Arc, 1844.djvu/20

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 18 —

au cinquième, enfin les remords de Loyseleur ? S’il n’y en a pas davantage, c’est qu’il le fallait ainsi pour le développement complet du caractère principal, si doux et si calme, même au milieu des périls. Voilà pour quels motifs les lecteurs les plus favorables à M. Porchat regrettent que son excessive modestie l’ait éloigné des chances du théâtre, où ils croiraient son triomphe assuré.

D’autres esprits, purs classiques, imbus des chefs-d’œuvre des anciens et des grands poètes modernes qui ont adopté leurs principes plus encore qu’ils ne les ont imités, accoutumés à voir, sous leurs mains, les plus simples ressorts faire jaillir de splendides merveilles ; gâtés, si le mot peut se pardonner, par les précautions infinies que prennent ces vieux génies pour ôter tout obstacle à la vraisemblance et par conséquent toute peine à l’attention, afin de la réserver pleine et entière pour les divines douleurs d’Hécube ou les fureurs sublimes de Philoclète ; ces esprits difficiles, disons-nous, se plaignent de ne pas trouver dans la Mission de Jeanne d’Arc la même simplicité, la même unité. Ils prétendent que leur intelligence, gaspillée à suivre tant de lieux et d’époques, ne suffirait plus à saisir le fil de l’action ; mais ils se plaignent surtout qu’il n’y ait réellement dans ce drame ni action, ni intrigue, non que chaque acte n’ait la sienne, certainement ; mais ils ne retrouvent point de nœud qui les enchaîne. Jeanne quitte Domremi, disent-ils, prévoyant sa fin prochaine ; elle veut sauver la France ; on l’en reconnaît digne à Chinon ; elle le démontre à Orléans : prise et renfermée au Crotoy, elle est livrée aux Anglais, qui lui font le procès le plus indigne, et la brûlent à Rouen. Voilà l’histoire ; où est le drame ? où est le doute, la crainte, l’attente d’un dénoûment ? Si Jeanne, pour prix de sa vertu, est menacée du supplice, qui l’écarté et nous tient en suspens ? Qui l’appelle et y pousse sans cesse ? Magistri et Loyseleur, dira-t-on : sans doute ; mais ce ne sont là que des influences secondaires, des Mathan, des Nabal ; nous ne voyons pas d’Athalie. Voilà les instruments du crime ; nous cherchons en vain sa véritable cause. Aussi n’y a-t-il réellement qu’on seul grand caractère développé dans la pièce nouvelle ; tous les autres, ou sont à peine indiqués