Page:Guizot - Histoire générale de la civilisation en Europe, 1838.djvu/128

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que le triomphe du chaos. Toute unité, toute civilisation générale disparaissait ; on voyait de tous côtés la société se démembrer ; on voyait s’élever une multitude de petites sociétés obscures, isolées, incohérentes. Cela parut aux contemporains la dissolution de toutes choses, l’anarchie universelle. Consultez soit les poètes du temps, soit les chroniqueurs ; ils se croient tous à la fin du monde. C’était cependant une société féodale, si nécessaire, si inévitable, si bien la seule conséquence possible de l’état antérieur, que tout y entra, tout adopta sa forme. Les éléments mêmes les plus étrangers à ce système, l’Église, les communes, la royauté, furent contraints de s’y accommoder ; les églises devinrent suzeraines et vassales, les villes eurent des seigneurs et des vassaux, la royauté se cacha sous la suzeraineté. Toutes choses furent données en fief ; non-seulement les terres, mais certains droits, le droit de coupe dans les forêts, le droit de pêche ; les églises donnèrent en fief leur casuel, les revenus des baptêmes, des relevailles des femmes en couche. On donna en fief de l’eau, de l’argent. De même que tous les éléments généraux de la société entraient dans le cadre féodal, de même les moindres détails, les moindres faits de la vie commune devenaient matière de féodalité.

En voyant la forme féodale prendre ainsi possession de toutes choses, on est tenté de croire au premier moment que le principe essentiel, vital, de la féodalité, prévaut aussi partout. Ce serait, Messieurs, une grande erreur. Tout en empruntant la forme féodale, les institutions, les éléments de la société qui n’étaient pas analogues au régime féodal, ne renonçaient