Page:Guizot - Sir Robert Peel, 1859.djvu/359

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

SON CARACTÈRE ET SON INFLUENCE. 868

nique, bravant l’avenir sans hardiesse aventureuse, uniquement dominé parle désir de satisfaire aux nécessités du présent et de se faire honneur en tirant son pays de péril ou d’embarras. Il fut ainsi tour à tour conservateur et réformateur, tory, whig et presque radical, impopulaire et populaire, usant avec la même ardeur sa force, tantôt dans une résistance obstinée, tantôt dans des concessions peut-être excessives, plus sage que prévoyant, plus courageux que ferme, mais toujours sincère, patriote, et merveilleusement approprié, dans une époque de transition ’ comme la nôtre, au gouvernement de la société moderne telle qu’elle est devenue et qu’elle devient de plus en plus, en Angleterre comme ailleurs, sous l’empire des principes et des sentiments démocratiques qui fermentent en Europe depuis quinze siècles, et remportent de nos jours des victoires dont personne ne saurait dire encore quel sera le vrai et dernier résultat.

J’ai confiance. Pourtant voici mon inquiétude. La démocratie a deux graves défauts : elle aspire passionément à dominer seule, et elle est habituellement dominée par ses intérêts et ses passions du moment. A en juger par l’histoire du monde, c’est, de toutes les puissances sociales, la plus exigeante et la plus imprévoyante, celle qui admet le moins’des limites et un partage, et aussi celle qui obéit le plus à ses fantaisies présentes, sans souci du passé ni de l’avenir. Mises à l’épreuve, la monarchie et l’aristocratie bnt su l’une et l’autre, en Angleterre surtout, se limi-