Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/106

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XII

On venait de retirer un cadavre de l’eau, et il était exposé à la morgue ; c’était une-f’emme, · un bonnet de dentelle avec des fleurs sales lui couvraient la tête, ses habits étaient déchirés et laissaient voir des membres amaigris ; quelques mouches venaient bourdonner à l’entour et lécher le sang figé sur sa bouche en trou verte, ses bras gonflés étaient bleuâtres et couverts de petites taches noires.

Le soleil était sur son déclin et un de ses derniers rayons, perçant à travers les barreaux de la morgue, vint f’rapper sur ses yeux a moitié f’ermés et leur donner un éclat singulier.

Ce corps couvert de balafres, de marques de griffes, gonflé, verdâtre, déposé ainsi sur la dalle humide, était hideux et f’aisait mal a voir. L’odeur nauséabonde qui s’exhalait de ce cadavre en lambeaux, et qui f’aisait éloigner tous les passants oisif’s, attira deux élèves en médecine.

— Tiens ! dit l’un d’eux après l’avoir considérée quelque temps, elle était à l’hôpital l’autre jour. Il se fut et l’examina attentivement. C’était un véritable élève en médecine, avec un habit vert râpé, couvert de duvet, une casquette rouge et une pipe de f’aïence dans laquelle il f’umait le fin Maryland.

— Mais si nous l’achetions ?

— Que voudrais-tu en faire ?

— Gare ! cria la voix d’un cocher. C’était celui du tilbury de l’autre jour qui conduisait mademoiselle à l’Opéra.

Nos disciples d’Esculape se rangèrent aussitôt ; en se retournant, le f’umeur laissa tomber sa pipe. — Sacré nom de Dieul dit-il en frappant du pied, voilà la troisième que je casse de la journée !