Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/127

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mépris ; tu es cardinal, j’insulte ta dignité de cardinal ; tu es beau, fort et puissant, ïinsulte ta force, ta beauté et ta puissance, car je te tiens sous moi, tu alpites de crainte sous mon genou. Ah ! tu trembles ? £l’remble donc et souffre comme j’ai tremblé et souffert. Tu ne savais pas, toi dont la sagesse est si vantée, combien un homme ressemble au démon, quand l’injustice l’a rendu bête féroce. Ah ! je souffre de te voir vivre, tiens !

Et un cri perçant partit de dessous le feuillage et fit envoler un nid de chouettes.

Garcia remonta sur son cheval et partit au galop, il avait des taches de san sur sa fraise de dentelles. Les bons habitants de ëlorence furent réveillés vers minuit par un grand bruit de chevaux et de cavaliers ui traversaient les rues avec des torches et des flambeaux.

C’était monseigneur le duc qui revenait de la chasse.

Plus loin suivaient silencieusement quatre valets portant une litière ; ils avaient fair de vouloir passer inaperçus et ils marchaient à petits pas. A côté d’eux il y avait un homme qui paraissait leur chef’, il était triste, enveloppé de son manteau, et, la tête baissée sur sa poitrine, il semblait vouloir comprimer des larmes.

Quand on arriva au château du duc, une femme courut au-devant des chasseurs en demandant où était le cardinal. Quand elle aperçut la litière, elle demanda au duc son mari :

— Qu’y a-t-il là dedans ?

l..’homme au manteau lança à Garcia un regard sévère et froid, puis, hésitant quelques secondes, il dit avec un accent qui faisait mal à entendre : — Un cadavre.