Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/129

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mais quelquefois on oublie son gibier, et s’il ne se trouvait pas quelqu’un assez complaisant pour le ramasser...

Il prit son épée, et amenant Garcia au f’ond de la salle, il ouvrit le rideau de la main gauche et détournant les yeux :

— Vois et contemple !!!

Etendu sur un lit, le cadavre était nu, et le sang suintait encore de ses blessures ; la Hgure était horriblement contractée, ses yeux étaient ouverts et tournés du côté de Garcia, et ce regard morne et terne de cadavre lui fit claquer des dents ; la bouche était en trou verte, et quelques mouches à viande venaient bourdonner jusque sur ses dents, il y en avait alors cinq ou six qui restèrent collées dans du sang figé qu’i avait sur la joue ; puis il y avait ce teint livide de la peau, cette blancheur des ongles et quelques meurtrissures sur les bras et sur les genoux.

Garcia resta muet de stupeur et d’étonnement, il tomba à genoux, froid et immobile comme le cadavre du cardinal.

Quelque chose sillla dans l’air, l’on entendit le bruit d’un corps pesant qui tombait sur le ar uet, et un râle horrible, un râle de forcené, un rfile d’enl’er retentit sous les voûtes.

VI

Florence était en deuil, ses enfants mouraient par la peste ; depuis un mois elle régnait en souveraine dans la ville, mais depuis deux jours surtout sa fureur avait augmenté. Le peuple mourait en maudissant Dieu et ses ministres, il blasphémait dans son délire, et sur son lit d’angoisse et de douleur, s’il lui restait un mot à dire, c’était une malédiction. Et puisqu’il était sur de sa fin prochaine, il se vautrait, en riant stupidement, dans la débauche et dans toute la boue du vice. 9