Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/136

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pour en donner la preuve, je vous dirai que vous avez ici la Chronique de Turquie !

— Moi ? oh ! on vous a trompé, monseigneur.

— Non, Giacomo, répondit le gentilhomme ; rassurez-vous, je ne veux point vous le voler, mais vous l’acheter.

— Jamais !

— Oh ! vous me le vendrez, répondit l’écolier, car vous l’avez ici, il a été vendu chez Ricciami le jour de sa mort.

— Eh bien, oui, seigneur, je l’ai, c’est mon trésor, c’est ma vie. Oh ! vous ne me l’arracherez pas ! Écoutez ! je vais vous confier un secret : Baptisto, vous savez Baptisto, le libraire qui demeure sur la place Royale, mon rival et mon ennemi, eh bien, il ne l’a pas, lui, et moi je l’ai !

— Combien l’estimez-vous ?

Giacomo s’arrêta longtemps et répondit d’un air fier :

— Deux cents pistoles, monseigneur.

Il regarda le jeune homme d’un air triomphant ayant l’air de lui dire : vous allez vous en aller, c’est trop cher, et pourtant je ne le donnerai pas à moins.

Il se trompa, car celui-ci lui montrant la bourse :

— En voilà trois cents, dit-il.

Giacomo pâlit, il fut près de s’évanouir.

— Trois cents pistoles ? répéta-t-il, mais je suis un fou, monseigneur, je ne le vendrai pas pour quatre cents.

L’étudiant se mit à rire en fouillant dans sa poche, dont il tira deux autres bourses.

— Eh bien, Giacomo, en voilà cinq cents. Oh ! non, tu ne veux pas le vendre, Giacomo ? mais je l’aurai, je l’aurai aujourd’hui, à l’instant, il me le faut, dussé-je vendre cette bague donnée dans un baiser d’amour, dussé-je vendre mon épée garnie de diamants, mes hôtels et mes palais, dussé-je vendre mon