Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/159

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briser son cercueil : « Je sortirai d’ici malgré toi, se disait-il avec fureur, je vivrai malgré ta volonté ! ».

Et, tourné sur le ventre, il s’efforça avec des soubresauts et des secousses convulsives, de faire ployer cette planche dure comme du fer.

Enfin, par un dernier effort de rage et de désespoir, il la brisa.

A la vue de cette tombe entr’ouverte, ou plutôt sentant craquer son cercueil sur son dos, un rire vainqueur éclata sur sa bouche, il se crut libre. Mais la terre était là, haute de six pieds, la terre qui allait l’écraser s’il faisait le moindre mouvement, car, soutenue jusque-là par le cercueil, elle ne pouvait plus rester dans la position première et, au moindre dérangement des planches, elle allait tomber.

M. Ohmlin s’en aperçut, il pâlit et faillit s’évanouir ; il resta longtemps immobile, n’osant faire le moindre geste ; enfin il voulut tenter un dernier effort qui devait le tuer ou le sauver : la terre fraîchement remuée ne lui offrirait point une forte résistance, il voulait se lever brusquement et la fendre avec sa tête.

Le désespoir rend fou.

Il se leva, mais la planche du cercueil s’abaissa sur sa tête, il la vit, elle tomba.

Les gens les plus patients s’ennuient de tout ; c’est un vieux proverbe, il est vrai, car notre bon fossoyeur, ennuyé des aboiements de ce chien mélancolique, dont nous avons déjà parlé, s’avisa de savoir ce qu’il y avait donc la de si intéressant ; il creusa la terre dans l’espoir d’y trouver quelque chose, un trésor, peut-être, qui sait ?

Ce qui l’étonna fort, c’est que le coffre était brisé « Diable ! voilà qui est drôle ! il y a la-dessous quelquechose », et il leva la planche. Voici ce qu’il vit et ce qu’il racontait plus tard, lorsqu’il voulait se faire passer pour brave :

Le cadavre était tourné sur le ventre, son linceul