Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/189

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en effet, d’épuisement et de Fatigue, elle se tordait de désespoir, et voulait s’arracher les cheveux, et puis elle sanglotait avec un rire forcé, des larmes qui étoilaient sa voix, ses genoux étaient déchirés et couverts de sang à se traîner ainsi sur les cailloux ; car elle aimait d’un amour déchirant, entier, satanique ; cet amour la dévorait toujours, il était furieux, bondissant, exalté.

C’était bien un amour inspiré par l’enfer, avec ces cris désordonnés, ce feu brûlant qui déchire l’âme, use le cœur ; une passion satanique, toute convulsive et toute forcée, si étrange qu’elle paraît bizarre, si forte qu’elle rend f’ou.

— A demain, n’est-ce pas, oh, Arthur ! Une grâce ! une grâce ! et je te donnerai tout après, mon sang, ma vie, mon âme, l’éternité si je l’avais ! tu me tueras si tu veux, mais à demain ! à demain sur la falaise, .. Oh ! n’est-ce pas ? au clair de lune... la belle chose qu’une nuit d’amour sur les rochers, au bruit des flots, n’est-ce pas, Arthur ?... À demain ? Et il laissa tomber nonchalamment de ses lèvres dédaigneuses deux mots :

— A demain !

V

A demain ! Oh ! demain ! et elle courut comme une Folle vers la falaise, on ne la revit plus dans le village, elle’avait disparu du pays.

Satan l avait emportée !

V l

ll faisait nuit, la lune brillait pure et blanche, et, dégaîée de ses nuages, sa lumière éclairait le cabinet d’Art ur, dont il avait laissé la fenêtre ouverte ; il se